samedi 10 janvier 2026

LE REFUS DU NUMÉRIQUE, UN RISQUE STRATÉGIQUE














Le débat sur le numérique et l’intelligence artificielle est désormais mal posé.

Il ne s’agit plus d’opinion, mais d’adaptation.

Malgré la généralisation des outils digitaux, une part significative de la population continue d’en faire un usage limité, voire de les rejeter. Cette attitude ne concerne pas uniquement les publics les moins formés. Elle touche aussi des profils cultivés, expérimentés, parfois dirigeants — ce qui rend le phénomène d’autant plus surprenant.

Les réseaux sociaux ne relèvent plus du loisir.

Ils constituent des outils de visibilité, de communication et de positionnement.

Facebook, Instagram et surtout Linkedin sont devenus des canaux structurants pour promouvoir une activité, valoriser une expertise, diffuser des idées et créer des opportunités économiques. L’absence y est aujourd’hui un signal : celui d’une marginalisation choisie, souvent justifiée par de grands principes… et rarement par une stratégie claire.

Les réserves exprimées à l’égard de certaines plateformes, notamment sur la question des données, sont légitimes. Elles ne justifient toutefois pas un rejet global d’outils désormais centraux dans la vie professionnelle et économique — pas plus qu’on ne renonce à l’électricité sous prétexte qu’elle peut être dangereuse.

Linkedin s’est imposé comme une biographie professionnelle permanente. Ne pas s’y inscrire, c’est accepter une forme d’invisibilité dans un monde où la crédibilité passe aussi par la présence, que cela plaise ou non.

Un autre réseau joue un rôle souvent sous-estimé : X.

Utilisé avec méthode, il constitue l’un des outils les plus efficaces d’accès à l’information en temps réel. En confrontant volontairement des sources opposées — celles que l’on admire et celles que l’on conteste — il permet de dépasser les récits confortables et de se rapprocher d’une lecture plus complète des faits. Ce n’est pas un réseau de détente, mais un outil de veille. Il demande donc un minimum d’effort.

L’intelligence artificielle marque une rupture plus profonde encore.

À ce stade, elle ne devrait même plus être un sujet de débat. Elle est un outil de travail quotidien.

Il est difficile de comprendre comment, aujourd’hui, des professionnels, des entrepreneurs ou des cadres peuvent encore fonctionner sans assistant IA. Un outil capable d’organiser l’information, de structurer la réflexion, d’améliorer les écrits et de faire gagner un temps considérable. S’en passer revient à revendiquer une forme d’artisanat intellectuel… dans un monde industriel.

L’IA n’est ni expérimentale ni optionnelle. Elle est déjà un facteur de productivité, de structuration de la pensée et de compétitivité. Le refus de l’utiliser ne protège pas. Il rassure peut-être, mais il expose.

L’argument de la prudence masque souvent une résistance au changement. L’histoire économique montre que ce type de posture a accompagné toutes les ruptures technologiques majeures. La différence, aujourd’hui, réside dans la vitesse : le retard ne se rattrape plus lentement, il se creuse.

Le numérique n’est plus une transition.

C’est un état de fait.

Dans une économie fondée sur la visibilité, la rapidité et l’interconnexion, ne pas maîtriser ces outils revient à accepter un déclassement silencieux, parfois déguisé en vertu.

Le progrès n’exclut personne.

Il avance simplement sans attendre ceux qui préfèrent expliquer pourquoi ils n’y croient pas.

DICIETLA.com |  La Chronique de Jean-Claude Sensemat du 11/01/2026 |  Fr/En

Rejecting Digital Tools Is a Strategic Risk

The debate around digital technology and artificial intelligence is now misplaced.
This is no longer a matter of opinion, but of adaptation.

Despite the widespread availability of digital tools, a significant number of people still use them poorly—or reject them altogether. This resistance is not limited to the untrained. It also affects educated, experienced professionals, including leaders, which makes it all the more striking.

Social media is no longer about entertainment.
It has become a tool for visibility, communication, and positioning.

Platforms such as Facebook, Instagram, and especially Linkedin now play a central role in promoting expertise, sharing ideas, and creating economic opportunities. Absence from these platforms is no longer neutral—it signals a chosen form of invisibility, often justified by principles rather than strategy.

Concerns about data and privacy are legitimate, but they do not justify rejecting tools that are now central to professional and economic life—no more than refusing electricity because it can be dangerous.

Linkedin has become a permanent professional biography. Not being present means accepting irrelevance in a world where credibility depends on visibility.

Another often underestimated platform is X. Used thoughtfully, it is one of the most effective real-time information tools, especially when contrasting opposing viewpoints. It is not a comfort zone, but a tool for intellectual monitoring—and it requires effort.

Artificial intelligence represents an even deeper shift. At this point, it should no longer be debated. It is a daily work tool.

It is increasingly difficult to understand how professionals can still operate without an AI assistant—capable of organizing information, structuring thinking, improving writing, and saving substantial time. Refusing it is not wisdom; it is choosing intellectual craftsmanship in an industrial world.

AI is neither experimental nor optional. It is already a driver of productivity, clarity, and competitiveness. Rejecting it may feel reassuring, but it increases exposure.

What is often called caution is, in reality, resistance to change. History shows that every major technological shift has faced such resistance. The difference today is speed: delay no longer fades—it widens.

Digital transformation is no longer a transition.
It is a fact.

In an economy built on visibility, speed, and interconnection, failing to master these tools means accepting a quiet form of decline—sometimes disguised as virtue.

Progress excludes no one.
It simply moves forward without waiting for those who prefer to explain why they don’t believe in it.

Jean-Claude Sensemat – Sensemat.com | Fr/En